A quand un programme panafricain cohérent pour lutter contre la désertification ?

Par Francis Nienge, Climate Reality Leader

22 septembre 2017

La désertification, que les Nations Unies ont qualifié de plus grand défi du siècle, est un phénomène climatique mondial qui affecte tous les continents : l’Afrique, le Moyen-Orient, les États-Unis, le centre de l’Australie et même l’Europe. L’Afrique est le continent le plus touché cette avancée des déserts.

Le continent abrite le second plus grand massif forestier au monde après l’Amazonie: les forêts du  bassin du Congo, vitales pour l’atténuation du changement climatique. En raison de plusieurs facteurs, ces forêts sont menacées par l’avancée du désert du Kalahari au sud et du Sahara au nord. La désertification est un processus lent qui a commencé il y a longtemps au Sahara. Il est très avancé autour du bassin du lac Tchad, et exceptionnel le long de la bande sahélienne du fait que le Sahel est une région semi-aride, tout comme le Kalahari. Si aucun programme de reboisement à grande échelle n’est entrepris, nous continuerons à perdre des zones boisées.

C’est pourquoi il est indispensable de planter des arbres pour arrêter la progression du  désert. Reboiser permet de créer l’humidité nécessaire à l’évapo-transpiration qui favorise les précipitations futures, restaurant ainsi le cycle naturel de l’eau. De très bons résultats ont été obtenus dans le désert de Gobi en Chine et en Mongolie, mais aussi en Inde.

La gestion des puits de carbone est un élément vital pour l’humanité. L’Amazonie et le Bassin du Congo sont les deux plus grands massifs forestiers du monde, et les deux plus grands puits de carbone de la planète. Le bassin amazonien reçoit déjà une attention considérable de la communauté internationale, et de nombreux projets et fonds sont consacrés à l’atténuation du changement climatique dans cette région. Le Bassin du Congo mérite tout autant notre attention, d’autant plus que sa gestion fait face à deux des menaces:

Menace climatique. Le bassin du Congo est entouré de deux déserts, le Sahara au nord et le Kalahari au sud. Les courants qui traversent le globe en provenance des régions tempérées et des régions du sud perdent leur humidité quand ils atteignent cette zone, et transportent des sables fins du Zambezi/ Kalahari, du Sahara, du Sahel et du désert du Namib. Alors que ce lent processus d’assèchement a commencé il y a plusieurs siècles, il est aujourd’hui exacerbé par le réchauffement climatique qui menace de ce fait le puit de carbone continental. Jusqu’à présent, aucun programme de lutte contre la désertification n’a permis d’arrêter ce phénomène.  Le réchauffement climatique accentue de plus en plus les vents violents qui laissent derrière eux des sols nus, ce qui augmente l’évaporation et réduit la couverture végétale servant de protection contre le soleil et les intempéries. Des sècheresses répétées et toujours plus sévères aggravent la stérilisation des sols, formant ainsi un terrain favorable à la désertification.

Le Sahara en est un parfait exemple. Si l’on en croit les scènes de chasse dépeintes par les hiéroglyphes égyptiens, le bassin du Nil était une forêt verdoyante il y a bien longtemps…

Menace interne. Tandis que l’avancée des déserts menace les forêts du bassin du Congo de l’extérieur, une pression interne est exercée, liée en partie à la pauvreté et aux stratégies de survie des populations locales.

Les pratiques d’agriculture non durable qui épuisent les ressources et les sols, et obligent les agriculteurs à migrer vers de nouvelles terres « fertiles », sont partiellement responsables. L’agriculture sur brulis reste très répandue, et conduit les paysans à abandonner leurs terres rapidement à cause de rendements insuffisants. D’autres facteurs jouent aussi, tels que la collecte de produits forestiers non ligneux qui conduit certaines communautés à couper les arbres ; la collecte de bois de chauffage faute d’autre source d’énergie ; ou encore la chasse d’espèces rares qui normalement interviennent dans la fertilisation des plantes.

L’exploitation forestière à très grande échelle, non réglementée et incontrôlée, est également un facteur de déforestation important dans ces régions.

La combinaison de ces facteurs provoque la déforestation de vastes zones. Ce phénomène ne s’arrêtera pas tant que nous ne répondrons pas correctement aux problèmes de pauvreté.

Sachant que les régions désertiques sont extrêmement pauvres, il convient de planter des arbres nutraceutiques et des plantes à valeur ajoutée, au lieu de planter des arbres simples. Outre leur effet atténuateur sur le réchauffement climatique, ces plantes ont un potentiel économique certain, notamment du fait d’un marché des nutraceutiques en pleine essor, et peuvent donc contribuer efficacement à la lutte contre la pauvreté. Leur culture permettrait à la fois de financer la lutte contre la désertification et d’améliorer la qualité de vie des autochtones impliqués dans cette démarche.

Il est important de faire comprendre cette réalité aux responsables africains notamment l’Union Africaine et les organismes continentaux. Le temps joue contre nous. Dans un livre que j’ai écrit sur le sujet, je propose des solutions concrètes telles que le projet “Rendre La Vie”, un programme ambitieux de lutte contre le changement climatique en particulier contre l’avancée du désert. Ceci permettrait de répondre à l’absence de programme panafricain cohérent de lutte contre la désertification.

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