Vers une croissance économique à faible émission de gaz à effet de serre en Afrique centrale

Par Philippe Undji Yangya, Climate Reality Leader, Conseiller technique en charge des question démographique et environnementale au Réseau d’Afrique Centrale pour les Energies Renouvelables (RACEN) et Directeur Général du Centre National d’ Etudes Démographiques  et Climatiques (CNEDEC).

Discours prononcé lors de l’Atelier International ‘Élargir l’accès aux systèmes d’énergies renouvelables et de neutralité climatique en Afrique Centrale’, 13-14 avril 2016, Kinshasa, DRC.

Le modèle économique productiviste basé sur les énergies fossiles que ce soit le pétrole, le charbon, les produits issus du bois et le gaz a montré son égoïsme, son injustice et ses limites par rapport à la préservation des équilibres naturels.

Il est important de rappeler que les pays d’Afrique ont devant eux deux défis plus ou moins interconnectés dans le processus de lutte contre la pauvreté  qui nécessitent à tout prix d’y répondre conformément aux engagements pris à Washington en 201, par ses dirigeants lors des évaluations des Objectifs des Millénaires pour le Développement (OMD) et la mise en route  les Objectifs de Développement Durable (ODD) ainsi que de l’accord de Paris de 2016 sur le climat. Il s’agit de la pauvreté énergétique et la crise climatique.

En effet,  le taux moyen de desserte en électricité en Afrique est estimé à environ 50% tandis que pour l’Afrique Centrale il n’est que de 37,6% ( données de la Banque Mondiale, 2015). Bien que ce taux  tende à approcher la moyenne africaine au regard des efforts consentis par les pays membres, il demeurera, si on n’y fait pas attention, inférieur aux exigences  internationale en la matière à l’horizon 2030- 2050 à cause d’une part de la croissance démographique du continent, et d’autre part des ressources qui  se raréfient du fait de changement climatique. En terme de disparité due tauxentre les pays membre, on observe ce qui suit : le Gabon vient en tête avec un taux de desserte de 89,3% suivi de la Guinée Equatoriale et de Sao-tomé Principe avec un taux supérieur à la moyenne africaine respectivement de 66,0% et 60,5%. Le Cameroun quant à lui n’atteint que 53,7%. L’Angola et la République du Congo ont respectivement de 37,0% et 41,6%. La  RDC a un taux de desserte en électricité de seulement 16,4% malgré ses potentialités énormes. Le Tchad et le Burundi clôturent la liste avec un taux avoisinant les 6,5%. Les ressources naturelles dont regorge le continent sont indispensables pour améliorer la situation sociale et économique la population. Mais de ce fait, les activités humaines en  quête du bien-être socio-économique de la population s’avèrent être une menace pour le continent des lors qu’elles sont peu protectrices de l’environnement et contribuent au dérèglement climatique.

En 2012, l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) estimait que l’accroissement des principaux gaz à effet de serre était essentiellement dû à certaines activités humaines ci-après. Le Groupe d’Experts  Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) affirme l’impact de ces gaz sur le changement climatique avec un degré de confiance très élevé de 90% (GIEC, 2007).

Il s’agit de :

  • L’utilisation massive de combustibles fossiles principalement le charbon, les produits pétroliers et le gaz naturel. En quelques dizaines d’années, on a assisté à des quantités considérables de dioxyde de carbone  rejetées dans l’atmosphère, provenant  en grande partie  du carbone accumulé dans le sous-sol depuis le Paléozoïque.
  • La déforestation : une forêt mature est un réservoir important de carbone. La disparition de surfaces toujours plus grandes de forêt au profit de cultures ou de pâturages (emmagasinant une quantité moindre de matière organique), a pour effet d’augmenter les rejets de CO2 dans l’atmosphère, surtout quand la déforestation se fait par brûlis. En effet, la pousse de jeunes arbres ne peut plus absorber autant de carbone qu’en génère la dégradation des arbres morts ou brûlés remplacés par des cultures industrielles ou des pâturages.
  • L’Agriculture, l’élevage et enfin l’artificialisation des sols (urbanisation) : les sols sont en effet des réservoirs majeurs de carbone, lequel peut être dissous, de façon variable selon l’usage du sol, Selon certaines études, l’agriculture et la déforestation sont, à elles seules, responsables de la plus grande part des émissions de CO2 depuis le XIXe siècle8.  Le Conseil européen de 2013 par exemple préconise la prise en compte des changements d’affectation des sols et de leur utilisation dans le calcul des émissions de CO2 (sous le nom de règles UTCATF, pour activités liées à l’Utilisation des Terres, au Changement d’Affectation des Terres et à la Foresterie).
  • L’utilisation des certains produits tels que chlorofluorocarbones (CFC), puis des hydrochlorofluorocarbures (HCFC), dans les systèmes de réfrigération et de climatisation, (réglementée par le protocole de Montréal) conduit aussi à des rejets préoccupants. Par exemple, le HCFC le plus communément utilisé, le monochlorodifluorométhane ou HCFC-22 a un PRG (potentiel de réchauffement global) 1800 fois plus élevé que le CO2 .
  • Les émissions de protoxyde d’azote : en grande partie issues de l’agriculture  industrielle et sont parfois utilisées lors de compétitions automobiles dans les moteurs à combustion afin d’en accroître temporairement la puissance.
  • Les émissions de méthane  n 1  dont une partie notable proviennent de l’industrie de la viande, dont 14,5% des flatulences (méthane) émises par les bovins. Or, ces gaz, même s’ils se dégradent assez rapidement en CO2, présentent un forçage radiatif supérieur et donc un potentiel de réchauffement global. Inversement, quand le méthane produit peut être valorisé, il constitue un combustible propre et renouvelable.

Eu égard à ce qui précède,  l’accord de Paris sur le climat de 2016 n’est qu’une bataille de gagnée. Il faudra un engagement et une détermination résolus de toutes les parties, tous les acteurs et décideurs pour matérialiser les résolutions prises et élever le niveau des ambitions relatives à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) grace à l’augmentation de la part des énergies renouvelables dans les INDCs (contributions prévues déterminées au niveau national). A ce titre, des mesures courageuses au niveau des politiques nationales doivent être prises pour non seulement réduire l’empreinte carbone des systèmes industriels et économiques – notre mode de production et de consommation – mais aussi donner une impulsion aux chercheurs du secteur, aux investisseurs voir aux industriels pour opter des technologies ayant comme source d’énergie les énergies renouvelables. Cela permettra au continent africain en général, et la région de l’Afrique centrale en particulier, d’adopter un schéma économique à forte croissance mais moins contributif aux facteurs pouvant entraîner le changement climatique au niveau mondial.

Les énergies renouvelables représentent une opportunité pour réduire les émissions de  carbone avec toutes ses conséquences sur la santé de la population. C’est pourquoi, construire la résilience au changement climatique à partir des énergies renouvelables, c’est aussi contribuer à la sécurité sanitaire des africains et de surcroît, accroître  leur participation à l’activité économique sur le continent.

Les politiques visant la distribution les énergies renouvelables à grande échelle favoriseront la relance de l’activité économique au niveau de la population, amélioreront le taux de desserte en électricité des pays membres tout en contribuant à réduire le taux de la paupérisation de la population africaine estimé environ à 62%  par l’accroissement de ses revenus (données de la Banque Mondiale, op cit).

Pour y parvenir, l’Afrique en général et la région de l’Afrique centrale en particulier disposent  des ressources nécessaires, a savoir les bio énergies, l’énergie solaire, l’énergie éolienne, la géothermie, l’électricité hydraulique, etc.

Les 2 potentialités disponibles dans les différents pays d’Afrique doivent être valorisées et exploitées de manière équitable et efficiente. Le Réseau d’Afrique Centrale pour les énergies renouvelables (RACEN), se donne mandat de contribuer à cet objectif et de promouvoir un développement socio économique à faible empreinte carbone et plus résilient aux effets néfastes des changements climatiques à l’échelle de l’Afrique Centrale.

Dans cette perspective, il s’avère impérieux de renforcer le soutien en faveur de pays d’Afrique plus vulnérables aux changements climatiques. Cela leur permettra de construire leurs capacités de mise en oeuvre de leurs contributions et de poursuivre un processus de développement socio-économique résilient aux changements climatiques.

Enfin, une synergie d’efforts entre ceux qui détiennent le pouvoir et les ressources – qu’ils soient du secteur privé ou public, de la sphère politique, des ONGs ou de la société civile – s’impose pour mettre au point les stratégies d’investissement et de programmes concrets d’adaptation climatique et de démocratisation des énergies renouvelables.  L’accord de Paris sur le climat et le cadre des Objectifs de Développement Durable offrent des opportunités pour atteindre un développement vert quand bien-même les mécanismes d’accès au financement climatique  sembleraient injustes vis-à-vis des pays francophones par rapport aux pays anglophones. D’où un défis à relever en vue de garantir l’équité car la lutte contre le changement climatique implique l’engagement ainsi que la participation de tous.

Références

  1. CCNUCC – Inventaire des émissions de gaz à effet de serre en France au titre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques; Format CCNUCC (mars 2012)
  2. World bank/ data.org
  3. GIEC,Bilan  2007 des changements climatiques (Rapport de synthèse 2007)

Avertissement : Les opinions exprimées ici n’engagent que l’auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de l’African Climate Reality Project.